|
Depuis sa fondation en 1985, 35 créations, plusieurs fois distinguées, sont créées sous le label
compagnie fabienne berger, en coproduction avec des théâtres ou festivals suisses et internationaux.
Le rayonnement de la compagnie a commencé en 1989 ; elle a été accueillie dans une dizaine de
pays européens et en Arménie, au Liban, aux USA, en Russie, au Chili et dans les principales villes de
Suisse.
Etablie à Lausanne et à Fribourg, la compagnie réunit l'énergie d’artistes et collaborateurs de talents,
dont récemment : Christian Garcia (www.christiangarcia.ch) pour la musique depuis 2001, Bastien
Genoux (www.leflair.net) pour la vidéo, Dominique Dardant pour la lumière depuis 2005, Claude
Rueger, plasticienne et costumière depuis 2007 et Malena Sardi, compositrice depuis 2009. Elle a
récemment collaboré avec des danseuses interprètes, également chorégraphes pour la plupart,
comme Corinne Rochet, Anna Röthlisberger, Caroline de Cornière, YoungSoon Cho Jacquet, Pauline
Wassermann…
___________________________________________________________
Démarche //
"La poésie chez fb est la réelle émergence d’un langage propre. C’est l’état du corps
interne qui affleure de la prestation remarquable de ses danseurs"
Jacques Sterchi
La liberté
Dans ses pièces récentes, performances et films vidéo, Fabienne Berger s’intéresse à la puissance de
l’image dans notre environnement contemporain et à son incidence sur notre façon d’habiter le
corps. Elle questionne les nouveaux comportements nés de la technologie de communication qui
fragmentent notre perception du monde, en plaçant la corporéité au centre de ses interrogations.
Jouant avec les contraires, elle en questionne aussi les liens : faire du mouvement à partir d’images
fixes, ou explorer le rapport paradoxal entre écriture et improvisation, entre ce qui est fixe et ce qui
est flexible. Cela lui permet de conjuguer le singulier dans le pluriel, d’articuler l’intérieur avec
l’extérieur, la verticalité et l’horizontalité, le revers et la face, la fluidité et le fragmenté, la constance
et la rupture, la vitesse et la lenteur, le rythme et l’arythmie, l’abstrait et le concret.
Sa danse évolue dans un univers influencé par les arts plastiques où se mêlent intimement musique
originale (sons électroniques mixés en direct) et projections vidéo (qui confondent images prises en
direct et images enregistrées).
Considérée comme singulière, son écriture chorégraphique use de ces mêmes procédés de montage, maniant subtilement les mécanismes de la vision et intégrant le présent sur scène. Bien que
fortement écrits, les mouvements ne sont pas reproduits, mais réinterprétés et recomposés un peu
autrement à chaque représentation. Elle sollicite ainsi chez le danseur une intelligence de l’écoute
dans son rapport à l’autre et à l’environnement. Le geste dansé est formé de trajectoires intérieures,
le corps est poreux et la frontière mouvante entre territoire intime et collectif. Avec cette même
question récurrente: peut-on embrasser une réalité multiple, tout en restant au centre de sa
sensation propre ?
Fabienne Berger puise sa matière chorégraphique dans l’ordinaire ou extraordinaire de l’humain. En
véritable « capteur », le corps absorbe son environnement visuel et le restitue dans un collage
d’attitudes, de postures et d’impressions. Une démultiplication des gestes qui peu à peu devient une
multiplication des identités et sème la confusion dans les repères visuels et de l’espace. Les corps
oscillent entre équilibre et déséquilibre selon une technique qui lui est propre , celle du transfert de poids. Cette recherche chorégraphique qui réunit impact visuel et conditionnement intérieur demande une
préparation mentale et physique particulière, trouvée notamment dans la méditation et le yoga.
___________________________________________________________
Pièces récentes depuis 2007 //
Avec Elle(s) (2007) Fabienne Berger commence un nouveau cycle et questionne
la notion de fragmentation. Elle choisit la forme du solo pour explorer
l’empathie, la reproduction de l’autre en soi. La scène est conçue comme un
champ d’influence pictural et cinématographique et l’on assiste à une traversée
de corps et de vies divers.
Au milieu de ce champ d’influences, elle reproduit du monde ce qu’elle voit,
faisant de l’extérieur, l’intérieur d’elle. Il en découle une danse où postures,
mouvements et attitudes fusionnent en un carrousel d’espaces intimes et
vastes.
En 2008, Fabienne Berger réalise un spectacle transitoire entre Elle(s) et Screen
Sisters, intitulé Focus B. Un duo qui se situe entre chair et abstraction, entre
mouvement naturel et stylisation.
Dans un espace où la dimension en 3D et 2D se superposent et se négocient,
Screen Sisters (2008) place trois danseuses dos au public et face à un écran
géant qui projette leurs images. Ici, valeur n’est donnée aux interprètes que si
elles sont représentées sur l’écran, les propulsant dans un exercice narcissique
obligé pour communiquer, entre elles et avec le public.
Dans la série CORPS MEDIA (2009-2010) elle puise directement sa gestuelle
dans l’image (TV, web, photos de presse, cinéma) Un résultat qu’elle assemble,
replace et organise dans l’espace selon divers angles d’approche. Elle
questionne plus directement la fragmentation du mouvement. La frontière entre
territoire intime et collectif, diversement exploré jusqu’alors, trouve ici
l’occasion de se visiter dans une relation flexible, se prêtant, par le choix de la
série, à jouer d’angles, de focales et des rapports changeants avec le public.
Twist Twice (2010) (opus 4 de la série CORPS MEDIA), fait entrer les danseuses
dans l’image, en s’inspirant des inventions du cubisme dans les oeuvres
plastiques du surréalisme. Dans une réalité redessinée et une gestuelle
fragmentée, les corps en trompe l’oeil, cherchent à se percevoir, s’interpréter et
se comprendre.
Dans Floating Tone (2011) les images ont disparu, ne laissant qu'un
environnement incertain, impalpable, pour faire émerger une sensation de
flottement et ne laisser sur les corps que la trace de ces images.
Ici, son centre d’intérêt est le corps, sa gestuelle, et la conjugaison de cette
corporéité au pluriel. Peut-on embrasser une réalité multiple, tout en restant au
centre de sa sensation propre ? La fluidité recherchée dans les mouvements,
fragmentés et hybrides, pousse le corps à se reconstruire sans cesse, et perturbe
constamment la notion qu’il a de l’espace et de lui-même. Ce mouvement d’aller
et retour entre l’intérieur et l’extérieur, poreux, décloisonné est, finalement, son
véritable fil rouge.
Elle traite le mouvement et l’espace du plateau, comme s’ils faisaient de l’image,
sans caméra. Comme dans Twist Twice, l’espace bouge sans le corps. Le corps
bouge sans l’espace. Avec un minimum de moyens scéniques…
Des impressions de décalages, de dédoublement, invitent l’esprit du spectateurà opérer une sorte de déplacement, dans la manière d’appréhender ce qu’il voit
et entend.
___________________________________________________________
Les débuts et le répertoire jusque 2007 //
En 1986, avec Trop Petite, pour dire la difficulté d’être parfaite, elle défriche
avec volupté l’enfance au féminin et réduit sa danse, alors que le mouvement
minimaliste n’est pas encore à la mode. Cent quatre-vingts séquences
architecturées par des effets alternés de lumière et des noirs rythment la
chorégraphie comme des plans-séquences cinématographiques. Pour chaque
scène, l’état et la gestuelle des danseurs changent, leur emplacement et leurs
costumes aussi. À l'époque, cette pièce présentée au Symposium de la danse
suisse à Boswil déclenche de violentes réactions et provoque le débat dans le
milieu des participants. Cette rupture formelle, radicale, déconcerte une partie
des acteurs culturels d'alors.
En 1988, avec Les Figurants, son spectacle emblématique, elle traite de la mort
et de la guerre, fortement inspirée par celle qui sévit alors au Liban et place son
propos dans un désert de poudre blanche. C’est violent et compassionnel. Une
violence sublimée dans une esthétique et un découpage cinématographique. Ce
spectacle tournera durant plus de deux ans en Europe avec la même équipe de
danseurs.
Les Cavernes du ciel ... allusion à la caverne de Platon est exactement son
opposé. Étale, suspendu. Une violence sourde contenue dans des échanges en
murmures, rires, onomatopées. Costumes blancs, jupes et robes pour les
hommes, demi-robes et maillots de corps pour les femmes. Les silhouettes
blanches sont encadrées et mises en perspectives par deux immenses panneaux
d’alu qui renvoient leurs ombres blanches. La danse est ténue, retenue, les
postures des corps sont celles d’enfants brimés, révoltés, évadés, légers et
surréalistes. Des formes blanches qui jouent à renaître dans une autre
dimension.
En 1992, L’Arrache, solo initiatique. En duo avec une chanteuse live, Maïck
Cochard.
Puis Homme à Terre, en 1993, se demande comment transposer scéniquement
et chorégraphiquement l’état de compassion. Récompensé par le distingué Prix
romand du spectacle indépendant.
Dès 1994, Sans Titre 1 et Traverse Tremble (1994 et 1995) marquent un
changement d’énergie. Le corps est plus fortement engagé, déstabilisé, le
mouvement est plus dynamique. C’est le début d’un nouveau cycle. Ce solo, puis
le duo, préparent le terrain de Demain, en 1996. Ce spectacle renoue avec le
groupe pour décliner à cinq le sentiment de la peur. Fortement influencé par les
guerres des Balkans. Ce spectacle propose une esthétique où l’écran, la
séparation, les codes vestimentaires islamiques, le moyen âge, l’avenir sont mis
en présence… Sur les trois côtés de la scène, un rideau de lamelles en pvc
transparent structure l’espace entre dedans et dehors. Le public et d’abord
séparé de la scène par un tissu métallisé qui s’arrache ensuite brutalement et
disparaît au dessus du public… gouffre de l’espace vide… « Fais de ton mieux
pour te vider de ta peur, parce que tout ce qui blesse le monde enfle la peur,
parce que tout ce qui vient de la peur blesse le monde » écrit Fabienne Berger.
Accent sur l’improvisation et l’état télépathique avec Elles sont trois et Au
dessus d’elles en 1996 et 1997. Rencontre artistique avec un performeur
atypique, Gérald Personnier et deuxième expérience avec Maïck Cochard,
chanteuse live, pour Chemin bleu en 1997.
Depuis 1998, Fabienne Berger se retire du plateau et crée Emlék, Azur blues,
Natal et Océane Lili. Elle travaille avec le même compositeur, Jean-Philippe
Héritier, de 1985 à 2000, soit de Instemps passe à Azur blues. Depuis Natal, sa
complicité artistique pour la musique est dédiée à Christian Garcia, membre du
collectif Velma. Elle collabore avec Daniel Demont pour les lumières de 1988 à
1997. Et avec Laurent Junod de 1997 à 2002, de Au-dessus d’elles à Océane Lili.
Une longue complicité la lie aussi à Maick Cochard pour les costumes de 1988 (Les figurants) à 2003 (avril en mai).
C’est avec Emlék (Nevess Remegve), créé en 1998 à Budapest dans le cadre du
festival d’automne, que la vidéo est intégrée pour la première fois à la danse.
Conçue pour l’inauguration du Centre d’art contemporain Trafò, cette pièce
mène une réflexion sur le thème de la mémoire. Puis, au fil des créations
suivantes, la compagnie développe un procédé qui lie étroitement images vidéo
live et enregistrées avec le mouvement et la musique. L’univers esthétique est
dès lors comme ancré dans la thématique.
Dans cet esprit, Azur Blues, coproduit en 2000 par le Théâtre Arsenic de
Lausanne et l’Espace Moncor de Fribourg, est une tentative d’alliage entre zen
et révolte. Puis, Natal, créé à l’Opéra de Lausanne en 2001, qui a pour thème le
changement, est accompagné par la musique live du groupe Velma. Océane Lili,
coproduit par le Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E. et par l’Espace Moncor Fribourg
en 2002, est une pièce en forme de jeu expérimental autour de la relation corps/esprit.
En 2003, pour avril en mai, pièce "obsédée par l'état couché, par le
recentrage de corps déboussolés, en mal de repères" (cit. Anna Hohler), la vidéo
est écartée du spectacle pour recentrer le mouvement dans un univers épuré.
Depuis 2004 sont créées et réunies sous le label intemporelle série une
quinzaine de petites formes, mobiles, proches de la performance, pour être
proposées hors scène. Comme par exemple au Museo Cantonale d’Arte de
Lugano, au Festival Corpi Urbani/Human Bodies de Gênes, à l’Ecole Multimédia
et Art de Fribourg. Cette série se poursuit en 2005 au Centro d’Arte Moderna e
Contemporanea de La Spezia, à l’Espace Arlaud de Lausanne et à l’Institut Suisse
de Rome. Une passerelle entre recherche et ouverture à un large public. La
relation à un public non averti, dans un cadre singulier, pour dire ou faire
ressentir des situations chorégraphiques singulières, constitue la base de cette
démarche.
Lien, créé en novembre 2005, est coproduit par Nuithonie (Fribourg) et coréalisé
par le Théâtre de Vidy-Lausanne E.T.E. Avec une nouvelle équipe artistique et le
retour de la vidéo, Fabienne Berger mène une réflexion sur le groupe comme
force d’aliénation, tout comme force de croissance.
En 2007, les vidéastes Bastien Genoux et Bruno Deville réalisent relieF, un film
de danse tiré de Lien et filmé au Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E. Ce film reprend et
renforce ce qui est développé dans la pièce, à savoir le singulier face au pluriel,
et met en relief la singularité gestuelle de chaque danseur dans sa relation au
collectif. Une coproduction Le Flair & cie fb.
|
|
|